Il existe, dans le domaine de l'informatique logicielle, un syndrome étrange se présentant sous la forme d'une contradiction. Le logiciel est un domaine vaste avec une offre gigantesque. Pour une tâche donnée, il existe de nombreuses manières de faire. Pourtant, quelques grandes lignes s'en dégagent et se retrouvent souvent opposées, parfois de manière « violente ».

Cela se trouve souvent sur les canaux de discussions, qu'ils soient en direct ou différés. Cela se retrouve même de vive voix. Un intervenant a le malheur de prononcer le nom d'un logiciel dans le cadre d'une utilisation, ou le malheur de rejeter tel autre car ne convenant pas à ses besoins, et ce sont immédiatement des levés de boucliers, des prises d'armes. Le choix est critiqué, la plupart du temps sans tenir compte des impératifs se trouvant derrière le choix et en oubliant complètement le sujet initial.

Que quelqu'un annonce qu'il ne peut pas utiliser tel logiciel car celui-ci se repose sur Direct3D, et voici qu'on lui reproche d'être un anti-DirectX. Que tel autre annonce ne pas pouvoir se reposer sur OpenGl et le voici bombardé chef de file d'un mouvement d'utilisateurs de DirectX.

Sans tenir compte que dans le premier cas la contrainte était peut-être tout simplement que le logiciel n'était pas destinée à une plateforme supportant DirectX. Ou que dans le second cas, il était nécessaire de se greffer à un logiciel déjà fait avec DirectX.

Il en devient difficile de poser une question à propos du choix de quelqu'un sans que cela ne soit pas perçu comme une attaque en règle. Mieux vaut donc toujours assortir sa question de prudence, avec des phrases du domaine de : « c'est une vraie question », « je ne suis pas partisan de tel autre choix »,...

Des affrontements de ce style, on en retrouve depuis « toujours » (le toujours en informatique n'étant pas bien vieux, il est vrai). Les affrontements sur le matériel (Amstrad vs. Spectrum, Atari vs. Amiga, PC vs. Mac) tout comme sur le logiciel (Emacs vs. Vi étant le plus emblématique).

Ce qui est étrange, c'est que de nombreux domaines de la vie de tous les jours sont ouverts aux choix et à la concurrence. Ne pas utiliser la même lessive que son voisin ne semble pas choquer, ne pas utiliser les mêmes clous, la même marque de perceuse. Certes, ces objets sont moins complexes, mais tout de même. Si moi je suis persuadé que ma lessive lave plus blanc, pourquoi n'irais-je pas reprocher à mon voisin d'utiliser une lessive qui, d'après moi, lave moins blanc ?

De même qu'il y a des lessives pour le blanc, d'autres pour la couleur, d'autres pour le lavage à la main, certaines bio, certaines pas. Le choix est adapté à l'usage (blanc, couleur, machine ou main), à une préférence (la marque) ou à une conviction (le bio).

Côté informatique, les forums sont peuplés de ceux qui cherchent LE meilleur langage de programmation, LE meilleur système d'exploitation, LE meilleur système de gestion de versions, LE meilleur système d'affichage. Sont peuplés de ceux qui leur donneront leur réponse, sans l'étayer. Et seront souvent mis de côté ceux qui veulent faire prévaloir la liberté de choix, après considération sereine des avantages et inconvénients de chacune des possibilités offertes.

Il n'y a pas de meilleur langage de programmation, il n'y a pas de meilleur système d'exploitation, de meilleur système d'affichage, de meilleur gestionnaire de version. Il y a des choix adaptés aux contraintes et besoins.

Malheureusement, bien souvent, la seule contrainte vue est celle de faire « comme le voisin ». C'en est effectivement une. Pour le particulier débutant et intimidé par le sujet qui préfère savoir qu'il pourra demander de l'aide au plus grand nombre. Pour le professionnel qui, dans une entreprise, doit tenir compte du savoir faire et de l'existant. Heureusement, tout le monde n'a pas le même voisin.

Le point principal, à mes yeux, est de respecter les choix faits par d'autres. Et s'il est bien entendu possible et nécessaire de discuter, il faut le faire sans cette agression initiale qui consiste à nier la pertinence du choix de l'autre sans connaitre sa démarche.

(je parle informatique ici, mais cette dernière phrase pourrait s'appliquer à bien d'autres domaines)

Addendum pour les énervés : il faut bien comprendre que ne pas avoir fait le même choix que quelqu'un, ce n'est pas implicitement condamner le choix de celui-ci. De même que ne pas faire le choix du plus grand nombre n'est pas implicitement se placer en supérieur. Inutile de se défendre, il n'y a pas d'attaque.