Partage de musique en train
Par Mokona, dimanche 18 mai 2008 à 20:00 :: General :: #110 :: rss
Il y a des gens comme ça qui aiment tellement la musique qu'ils écoutent qu'ils tiennent absolument à la faire découvrir. Je ne suis pas contre, j'aime beaucoup découvrir de nouvelles choses. Le problème intervient lorsque cette découverte n'est pas proposée mais imposée et qui plus est dans des conditions déplorables.
Le lieu : le train de banlieue, TER, RER ou encore métro. Le moyen : un téléphone portable muni d'un haut parleur qui peine à réstituer quoi que ce soit, poussé à fond. Ce qui m'épate le plus, c'est qu'il semble même que les auditeurs premiers (pas ceux qui subissent donc) apprécient ce qu'ils diffusent !
En fait, il est effectivement probable que les auditeurs premiers apprécient. Ceci est du à notre extraordinaire cerveau qui est capable de reconstituer à partir d'un brouhaha quelque chose qu'il connait déjà. Ainsi, ceux qui connaissent le titre écorché l'entendent et peuvent l'apprécier. Ceux qui ne le connaissent pas ne peuvent que se fatiguer à essayer de repérer quelque chose dans l'étroite bande de fréquences que laisse passer le minuscule haut-parleur en faisant abstraction de la saturation provoquée par un volume poussée pour essayer de passer par dessus le bruit du train.
En d'autre mots, ce n'est pas du partage de musique, ni une question de mettre un peu d'ambiance dans un train tristounet après le boulot [1] ; pour les passagers qui ne connaissent pas le titre, c'est juste du bruit.
Et ce quelque soit le type de musique. Alors même que ce qui est souvent « partagé » est une musique calibrée pour passer à peu près correctement dans des conditions minimalistes.
Pour illustrer mon propos, je vais effectuer une petite simulation en essayant de recréer des conditions similaires à du « partage de musique dans un train ».
Avant tout, les crédits.
Pour recréer l'ambiance, j'ai utilisé deux sources. Pour la musique, je voulais du rap car c'est ce qui est le plus souvent diffusé. Ne connaissant le domaine que de très loin, je suis allé sur Jamendo et j'ai trouvé N'OR, La France sur écoute. Le mix est bon, ce qui est important pour mon exposé. La piste utilisée est la piste 3 [2]. Je n'en ai utilisé qu'un extrait, vous pouvez aller écouter le reste sur Jamendo.
Pour le son du metro, j'ai utilisé un sample de The Free Sound Project que l'on peut trouver ici posté par « mosfran ».
Pour éviter que le cerveau ne fasse son travail de reconstitution trop tôt, je commence par présenter la piste martyrisée :
Magnifique.
Reprenons depuis le début. La piste initiale ressemble à cela :
Bien entendu, il vaut mieux éviter d'écouter la piste initiale sur un petit haut parleur ou dans un train. Exit les intégrés des ordinateurs portables, sinon, vous n'allez pas entendre la différence avec la suite.
Une téléphone portable possède un petit haut parleur. Un petit haut parleur a la fâcheuse tendance de ne laisser passer qu'une gamme de fréquences réduite et medium. Les réponses en fréquence sont difficiles à trouver [3] mais les coupures sont parfois données. Après une recherche sur des forums, je vais être généreux et donner une bande passante de 150Hz à 16kHz. Je considère aussi que le convertisseur est bon et restitue correctement les 16bits/44kHz des mp3 récupérés de pistes CDs ou des plateformes de téléchargements classiques [4].
Je suis peut-être trop gentil la dessus, je ne serais pas étonné, mais je n'ai pas de données précises, alors je maximise.
Donc, juste avec ça, cela donne ce qui suit :
Où sont passées les basses qui soutiennent le rythme du morceau ? Disparues. Entièrement. Le son est plus renfermé, étriqué
Passons sur les compressions en VBR ou le downsampling sauvage pas toujours au fait des problèmes de repliement de spectre. De toute façon, l'étape suivante ne permettra pas bien de faire la différence.
Pour être bien certain que tout le monde puisse profiter de la musique dans un environnement bruyant de base (train ou rue passante) le meilleur moyen est de pousser le volume. Pauvre haut-parleur. Coincé dans sa coque colorée, le voici obligé à bouger à son amplitude maximale. Pas de mystère, ça sature. Et comme les titres diffusés gracieusement de cette façon sont généralement traités à coup de compression, le haut-parleur n'a pas de répis : il sature tout le temps !
Le tout, bien entendu, sur fond de bruit de train parfois agrémenté de quelques sons nasillards générés par les casques de voisins peu sensibles à la musique partagée et poussant à fond le niveau de leur casque.
En conclusion, non, écouter à fond de la musique dans un train n'est pas une manière de la partager, de la faire apprécier ou même de mettre un peu d'ambiance. C'est juste pénible.
Notes
[1] déjà entendu. Cela partait d'un bon sentiment je suppose
[2] je ne suis pas grand amateur du style, mais je dois dire que ce que j'ai entendu ne m'est pas déplaisant. J'écouterai la suite.
[3] d'ailleurs, je n'ai pas trouvé... si quelqu'un a ça, je suis preneur
[4] qui ne profitent malheureusement pas tous encore de la dématérialisation pour offrir une qualité supérieure à celle d'un CD compressé en mp3
Commentaires
1. Le lundi 28 juillet 2008 à 19:53, par hseb
Ajouter un commentaire